Prédication d'Odette BONTE, lors du Culte 22 juin 2008 – Temple de Cannes

Genèse 7 V 1 – 24
Matthieu 14 37/42

NOE entre dans l’arche.

Tout ce qui avait souffle de vie dans les narines et qui était sur la terre ferme mourut. Dieu effaça tous les êtres qui étaient sur la terre, depuis les humains jusqu’au bétail.
Le Seigneur dit à Noé, Entre dans l’arche, toi et ta famille, car j’ai constaté que tu es le seul à m’être fidèle.

Catastrophique cosmique, catastrophe écologique, l’histoire de Noe, l’histoire de la terre, disparition, réapparition, mort, renaissance, je me demandais en commençant cette méditation, je me demandais en quoi cette histoire de Noé nous concernait aujourd’hui. En lisant la revue information évangélisation, je vois sur la première page, heureux ceux qui se déplacent autrement, ils transmettront la terre… le thème le chrétien et l’environnement. Coïncidence ?,Hasard, je n’y crois pas, il n’y a pas de hasard dans la bible !!!

D’autant plus qu’un n° de Réforme de cette même semaine, évoque Lukas Vischer, un témoin de foi dans le monde d’aujourd’hui, je cite : on ne peut dissocier ce que l’on croit de la manière dont on vit. Je rappelle que Lukas Vischer fut la cheville ouvrière du processus Justice, Paix et sauvegarde de la création. Et autre coïncidence, on évoqué ce thème au dernier forum du Defap.

Sauvegarde de la création. C’est vrai nous sommes tous à un degré plus ou moins grand, des facteurs de destruction de notre planète, que nous le voulions ou non, la question se pose ,quelle terre allons nous laisser à nos enfants. Que faisons nous de cette terre que le Seigneur a laissé à l’homme.

L’histoire de l’arche de Noé a-t-elle encore pour nous un sens, le souffle de vie est il en train de disparaître. Y aura-t-il un déluge pour les hommes d’aujourd’hui ?

La destruction de l’humanité par les eaux n’est pas comme vous le savez l’apanage du récit de la Genèse. Il comporte beaucoup de similitude avec l’épopée de Gilgamesh qui renvoie à la vaste tradition mésopotamienne relative à la grande inondation.. Reprise d’un message ancien, pour véhiculer un nouveau message pour le Peuple d’Israël.

Plusieurs textes d’ailleurs, l’un qui nous donne l’image d’un Dieu qui punit la génération mauvaise, avec une compréhension archaïque des évènements et l’autre qui nous parle d’un Dieu qui prend en compte la réalité du monde, un Dieu qui s’adapte, et qui ouvre vers une suite possible d’un monde en victoire sur le chaos.

Pour nous aussi la tentation est grande de faire le parallèle avec les temps contemporains qui peuvent paraître apocalyptiques. Faut il y succomber ? La question est au centre de ce texte. Un Dieu qui punit ou un Dieu qui accompagne ?

Il nous faut reconnaître que l’homme n’est plus en rapport juste avec la création et la création se défait. Dans ce sens, l’actualité n’en est pas loin, l’équilibre Nord/ sud est en… déséquilibre. il bascule dans l’injustice, question posée par le DEFAP..Et Jacques Ellul précise que l’homme n’est pas le propriétaire de la création, mais seulement l’usufruitier, même s’il y occupe une place éminente.

Récit actuel donc, notre terre est sans cesse au bord du désastre, mais ne l’a-t-elle pas toujours été au fil des siècles ? Le récit de Noé nous le rappelle.

Lorsque Noé entre dans l’arche que Dieu lui a demandé de construire, avec sa femme et toutes les créatures animales et végétales, ils s’en vont tous vers une autre terre, une terre de promesse et d’accomplissement, terre nouvelle qui émergera de sa confusion pour se tourner avec le brin d’olivier vers l’espérance et, non pas l’espoir d’un jour meilleur, mais l’espérance d’une terre qui ne pourra plus être immergée. Espérance toujours recommencée, tournée vers des jours nouveaux. Temps de résurrection promis, temps d’une nouvelle lumière, première alliance de Dieu avec l’homme, réconciliation, réorganisation de la création.

La question se pose, pourquoi donner à l’homme une seconde chance, une possibilité de mieux se conduire ?

Pardon de Dieu ? Peut on appeler cela ainsi ? Pardon pour l’homme qui a dépassé les limites, mais étaient elles réellement posées ? A nous de le dire.

Dieu promet à la terre de ne plus l’abandonner, dans ce pardon, dans cette grâce, s’incarne une reprise de la relation, alliance sans cesse recommencée entre Dieu et l’homme. D’une boue indiscernable, d’un tumulte des eaux, il offre une création renouvelée, en envoyant le corbeau puis la colombe. Alliance signée par l’Esprit de Dieu, discernement profond quand à l’avenir de l’homme. Une tâche attend Noé, Dieu n’agit pas seul, un homme est choisi, un homme juste qui sera l’outil de sauvegarde de l’humanité.

Cet homme juste, ce Noé, enlève le désespoir de la destruction, le sens de la destinée et de la finitude de l’humain reprend vie. Une tâche lui est demandée, construire l’arche. Cette extraordinaire arche devient le symbole de l’éternelle alliance de Dieu, jamais nous ne serons abandonnés. Un répit sera toujours accordé jusqu’à l’ultime alliance, celle de la mort et de la résurrection du Christ.

Tout est toujours à recommencer, l’amour de Dieu pour l’homme subsiste toujours. Nous retrouverons tous ces recommencements tout au long de l’histoire biblique, tout au long de l’histoire des hommes , tout au long de l’histoire de l’homme, c'est-à-dire tout au long de notre propre histoire.

Victimes d’un malheur que nous forgeons jour après jour, victimes de catastrophes humaines et écologiques que nous avons suscitées, remis sans cesse sur le chemin droit , nous avons à rester éveillés et à guetter l’accalmie et le jour nouveau.

Le jour, du retrait des eaux est jour de participation à une nouvelle lumière, jour Un est le matin, de notre éveil, temps de résurrection jusqu’à l’acquisition de la totale lumière, celle qui appelle à se dégager des ténèbres, notre espace notre temps sont recouverts de l’Unité Lumière, la résurrection du Christ.

Le travail en Noé à l’intérieur de son arche, et de même nature que le travail en l’homme enfermé dans son arche intérieure, avec la colombe en germe d’un renouveau. Elle arrache l’homme à la ténèbre de l’inaccompli pour le conduire vers la nouvelle lumière celle la résurrection.

Mais ces belles paroles doivent se concrétiser en actes, , elles appellent à une conversion de nos comportements, nous portons une responsabilité certaine dans l’état de notre planète.

La charte du réseau chrétien, « Paix, environnement et modes de vie » nous y invite particulièrement, et j’aimerai vous en citer un extrait pour illustrer de façon très concrète cette méditation :

Elle insiste sur la responsabilité des chrétiens et leur demande de gérer la création avec respect, en lieu-tenant de Dieu. La conversion des modes de vie implique une conversion radicale des comportement : les achats, les choix énergétiques, les modes de transport.

Eduquer, informer, mais aussi promouvoir une responsabilité collective en prenant éventuellement position dans des problèmes locaux ou régionaux en rapport avec l’environnement.

Enfin, pour ne pas trop prolonger mon propos, contribuer à donner une réponse aux questions écologiques par une approche proprement chrétienne, en privilégiant le respect, la dignité de l’homme, la solidarité, en donnant la préférence aux modèles de développement préservant les ressources de la création pour les générations présentes et futures.


Recommandations essentielles, qui doivent être prises au sérieux par nos propres églises, nos paroisses dans nos choix de vie au quotidien, mais que nous laissons parfois de côté, je vous invite à lire attentivement ce dernier numéro d’Information Evangélisation qui nous amène à réfléchir sur une réalité qui est la nôtre, la préservation de notre planète. Nous ne pouvons laisser de côté cette tâche qui nous a été demandée. C’est notre arche de Noé et non pas de Zoé.

Notre responsabilité en tant que chrétien est engagée, nous avons à approfondir notre spiritualité, pour y découvrir les motivations nous incitant au respect de la nature. Nous avons à vivre une solidarité avec les pays pauvres qui vivent un dénuement écologique tels que femmes, enfants, vieillards ne peuvent plus vivre. Là également nous avons été mis au pied du mur dans ce dialogue constant avec les églises d’outre mer, missionnaire ou humanitaire, l’interpellation a été vive, et très directe.
Nous avons à témoigner de la prise de conscience de l’urgence. L’interpellation politique et économique avec répercussion dans notre manière de vivre et dans nos comportements au quotidien.

Nous sommes entrés dans l’arche de Noé, bientôt nous aurons à en sortir, mais le corbeau reviendra t il indéfiniment, la colombe arrivera t elle à nous ramener le rameau d’olivier. La question reste là obsédante, puisse le Seigneur nous garde son alliance .C’est là notre espérance.
Nous vivons depuis toujours sous le signe de l’alliance de Dieu avec les hommes, je devrais dire des alliances de Dieu avec les hommes, avec l’arc en ciel qui nous rappelle l’engagement de Dieu avec Noé, après le déluge Dieu promet de ne plus jamais se laisser aller à la colère et anéantir la vie sur la terre, Dieu s’engage tant que la terre durera, semailles et moissons, chaleur et froidure, été et hiver, jour et nuit ne cesseront jamais d’être des ancres pour notre confiance.
D’alliance en alliance, s’y rajoute, une autre alliance, la nouvelle, celle de l’amour inconditionnel et éternel de Dieu envers les hommes manifesté en Jésus Christ, tant que la terre durera.. Faire durer la terre, notre tâche est là .C’est notre arche de Noé. Amen.