JOURNEE MONDIALE DE PRIERE 2009
Exode 2, v. 1-10 ; Romains 12, v.4-21 ; Actes 4, v.32-35
Prédication de Solange Kirner
"Moïse sauvé des eaux " Ah oui, diront certains, cette belle histoire, cette espèce de conte de fées qui s'est passé il y a ... très ... longtemps...
En réalité, ce n'est pas une jolie histoire, mais une histoire tragique, une histoire de violence, une histoire de peur au départ. Et qui est d'une tragique actualité à toutes les époques.
Les descendants de Joseph, premier immigré hébreu en Egypte, se sont multipliés. Et le nouveau pharaon, qui n'a pas connu Joseph ni les services qu'il a rendu à l'Egypte pendant les famines, ce pharaon tout-puissant a peur. Peur que les hébreux en esclavage s'allient en cas de guerre avec les ennemis de l'Egypte.
Alors, il imagine une solution radicale : tuer tous les enfants mâles des hébreux à leur naissance. Solution reprise à différentes époques : rappelez-vous par exemple Hérode et le massacre des enfants ; 1915, le massacre des arméniens soupçonnés d'avoir l'intention de s'allier à la France et l'Angleterre, ennemis de la Turquie et de l'Allemagne ; la Shoah ;les massacres de Yougoslavie et maintenant les massacres en Afrique. C'est tout simple : on tue les hommes et les garçons et on viole les femmes. On assure ainsi la survie de la race et de la religion dominante ou qui veut dominer.
Ce sujet a touché spécialement les femmes de Papouasie qui ont connu des guerres tribales meurtrières qui ont fait des centaines de morts.
C'est la partie sombre de l'histoire.
Dans l'histoire de Moïse, les autres protagonistes, qui sont des femmes, ont aussi de bonnes raisons d'avoir peur :
-les sages-femmes qui, malgré les ordres, laissent vivre les garçons,
-la mère de Moïse a peur des égyptiens et, l'ayant caché
trois mois, risque le tout pour le tout : l'eau peut être à la
fois symbole de vie et de mort
-la soeur de Moïse, une fillette qui ne sait comment cela va tourner
-la fille du paraon, qui risque gros en n'obéïssant pas aux ordres
de son tout-puissant père.
Elles ont peur et en plus sont séparées par des barrières sociales et raciales. Mais chacune, à sa place, agit avec amour et humanité. Et leurs actes conjugués ont pour résultat étonnant que cet enfant, que le pharaon voulait tuer, sera élevé dans son propre palais.
C'est la partie positive de l'histoire.
Et c'est lui, ce Moïse qui a peur de parler (Dieu lui donnera Aaron, son frère, comme porte-parole), qui fera sortir les hébreux d'Egypte et les conduira pendant 40 ans dans le désert vers la Terre Promise. Non sans mal, car en plus des difficultés matérielles, il a dû faire face aux infidélités et aux divisions de ce peuple.
Et quelques siècles plus tard, ce sont ces querelles et ces dissensions que Paul craint de trouver dans les jeunes églises chrétiennes.
C'est vrai aujourd'hui aussi. Il y a des rivalités, des oppositions dans les communautés chrétiennes, dans les églises, entre les églises et entre les hommes en général. Cela existe. Cela ne sert à rien de le nier. Et c'est là que l'on retrouve la peur : peur de l'autre parce qu'il est différent, peur de ne pas être reconnu, compris, complexe d'infériorité ou de supériorité. Et Paul donne l'exemple du corps dont toutes les parties sontsolidaires sinon le corps n'existerait pas.
Avant d'en venir au sens symbolique du corps, cela nous rappelle que nous en avons un de corps. Nous ne sommes pas de purs esprits et avons à trouver un équilibre ; sans mépriser ce corps, ne pas en faire le but essentiel de notre vie. La foi ne peut être une seule théorie intellectuelle. Les dons de prophétie, d'enseignement ou tout autre, s'incarnent dans des personnes en chair et en os avec lesquelles ou pour lesquelles nous devons servir et travailler, quelles que soient nos affinités ou nos préférences. Une grande partie de la communication passe par le corps et n'est pas virtuelle : Internet, malgré ses grands avantages, ne suffit pas pour la solidarité, l'empathie, l'accueil, l'hospitalité...
Notre foi doit se traduire dans notre comportement de tous les jours. Paul dresse la liste des attitudes bénéfiques à l'unité de l'Eglise et à son travail pour annoncer la Bonne Nouvelle, son but essentiel :
-"Que l'amour fraternel vous lie d'une mutuelle affection"
-"Soyez assez raisonnables pour ne pas être prétentieux
-"Ne rendez à personne le mal pour le mal"
-"Pour autant qu'il est possible, si cela dépend de vous, vivez
en paix avec tous les hommes"
Ce n'est pas facile. Il n'y a pas de hérarchie. "Que chacun exerce ses dons pour le bien de tous". Nous avons besoin les uns des autres. Nous ne réussirons qu'ensemble, avec nos différences, source d'enrichissement mutuel.
Ne nous décourageons pas. Voyons comment les femmes de Papouasie n'ont pas eu peur d'affronter l'armée, les bandes rebelles et le gouvernement pour trouver l'accord et mettre fin à la guerre qui a duré dix ans et fait des milliers de morts.
Elles venaient pourtant de tribus différentes, ne parlaient pas toujours la même langue, venaient d'églises différentes mais, ensemble, vous l'avez entendu, elles ont beaucoup prié.
Et c'est là le secret de l'action. Paul dit : "Soyez joyeux dans l'espérance, patients dans la détresse et persévérants dans la prière".
Conscients de nos manques, de nos peurs et de notre foi imparfaite, demandons à Jésus Christ, qui nous a appelés à la liberté, de nous aider à nous mettre au service les uns des autres.